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16.08.2020 - 17:42

Immense manifestation à Minsk, Loukachenko refuse de s'incliner

Des dizaines de milliers de personnes se sont réunies dimanche à Minsk pour exiger le départ du président bélarusse Alexandre Loukachenko. Le chef de l'Etat a toutefois refusé de lâcher le pouvoir une semaine après sa réélection contestée.

"Justice!", "Pars!", scandaient les protestataires à l'attention du dirigeant bélarusse. Après avoir marché le long de l'avenue de l'Indépendance, près de 100'000 personnes, selon des journalistes de l'AFP, se sont ensuite réunies autour d'un monument dédié aux victimes de la Seconde guerre mondiale

"Jamais les Bélarusses ne s'étaient unis comme ça. C'est la fête de la Liberté", résume Iouri Sanko, un prêtre catholique venu rejoindre la foule après la messe. "J'ai attendu 30 ans que le Bélarus devienne libre. On va chasser les bourreaux qui sont au pouvoir", ajoute un homme de 65 ans, sous couvert d'anonymat.

Manifestations en province

Portant des fleurs et des ballons, vêtus de blanc, les manifestants étaient réunis au milieu des chants et des klaxons. Certains portaient un gigantesque drapeau blanc et rouge, les couleurs de l'opposition.

Répondant à l'appel de Svetlana Tikhanovskaïa, la principale rivale d'Alexandre Loukachenko à la présidentielle, les Bélarusses ont aussi manifesté dimanche dans les principales villes du pays et dans de plus petites communes. Un appel à une grève nationale à partir de lundi circulait dans la soirée sur les réseaux sociaux.

Loukachenko refuse de s'incliner

Avant le début de la marche de l'opposition, M. Loukachenko a fait une apparition surprise sur la place de l'Indépendance, devant plusieurs milliers de ses soutiens. "Je vous ai appelés ici non pas pour que vous me défendiez mais parce que, pour la première fois en un quart de siècle, vous pouvez défendre votre pays et son indépendance", a-t-il lancé, sous les ovations.

Le président bélarusse, au pouvoir depuis 26 ans, a rejeté la demande de l'opposition d'organiser une nouvelle élection présidentielle, après celle du 9 août qui l'a donné vainqueur avec 80% des voix mais a suscité des accusations de fraudes massives.

"Si nous faisons ça, nous partirons en vrille et nous n'en reviendrons jamais", a-t-il prédit, face à ses partisans agitant le drapeau officiel rouge et vert. Il a dénoncé la volonté, selon lui, d'imposer au pays "un gouvernement depuis l'étranger". Près de lui se tenait son fils cadet, Nikolaï, parfois présenté comme son successeur potentiel.

Des membres de l'élite ont rallié la protestation: des journalistes de la télévision publique, d'habitude aux ordres du pouvoir, des chercheurs et des hommes d'affaires, mais aussi deux diplomates de haut rang.

Contestation étendue

Après l'élection de dimanche, les quatre premières soirées de manifestations avaient été matées par les forces antiémeutes, faisant au moins deux morts et des dizaines de blessés. Des hommages aux protestataires tués ont été organisés ce week-end.

En réaction aux violences, la mobilisation s'est étendue depuis jeudi: des chaînes humaines et rassemblements d'opposition ont éclos partout dans le pays, tandis que des ouvriers d'usines emblématiques ont lancé des actions de solidarité.

Ces manifestations se sont déroulées sans arrestations. Les autorités ont donné des signes de recul après des protestations occidentales, et annoncé la libération de plus de 2000 des 6700 personnes interpellées.

Crainte d'une intervention russe

M. Loukachenko a agité samedi le spectre d'une intervention russe. Il a affirmé que son homologue Vladimir Poutine lui avait assuré, lors d'un entretien téléphonique, son "aide" pour préserver la sécurité du Bélarus.

Dimanche, le Kremlin s'est dit prêt à fournir une assistance militaire, si nécessaire, dans le cadre du traité d'Union liant les deux pays, et de l'Organisation du traité de sécurité collective (OTCS) composée de six ex-républiques soviétiques.

Des protestataires craignent la possibilité d'une intervention russe. "Si la Russie intervient, ce sera encore pire", a dit à l'AFP une manifestante. L'UE a de son côté ordonné des sanctions contre des responsables bélarusses liés aux fraudes électorales et à la répression.

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